Conférence-Débat à Grasse: LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL. Quelles solutions?

Vendredi 27 novembre 2009 à 20h
Salle des Augustins – Grasse
avec

Jacques Broda, Sociologue,
Jean-Paul Duparc
, Economiste
un neuropsychiatre spécialiste de la souffrance au travail.


Les 28 suicides à France Télécom en 18 mois, plusieurs chez Renault, le malaise grandissant au pôle emploi, dans l’Administration fiscale et dans beaucoup d’autres secteurs nous ont incités à organiser une conférence-débat sur le thème ˝La souffrance au travail, quelles solutions ?˝.

Selon le ministère du travail, en 2007, on recensait 720 000 accidents du travail par an, 700 morts, 4500  mutilés ! En 10 ans, les troubles musculo-squelettiques sont passés de 1 000 à 35 000 par an. Sur 5 ans, on a constaté plus de 1 000 tentatives de suicides dont 47% ont été suivies de décès. Le coût annuel des accidents du travail, des maladies professionnelles et de la maltraitance s’élève à 70 milliards d’€uros pour l’Etat et les entreprises.

La réalité est connue, le constat établi. Pour nous, il est temps de poser les bonnes questions et de trouver ensemble les vraies réponses. C’est pourquoi nous ouvrons ce débat. Relayez-le.

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3 réponses à “Conférence-Débat à Grasse: LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL. Quelles solutions?

  1. Souffrance au travail. Au-delà du constat.

    La réalité est connue, le constat établi. Le sujet fait la une des médias.
    Mais au-delà, n’est-il pas temps de poser les bonnes questions et surtout ne pas traiter seulement les symptômes mais bien les causes et trouver les réponses appropriées.
    C’était l’objet de la conférence-débat organisée le 27 novembre dernier à Grasse par la section du PCF du pays grassois à laquelle a participé un public attentif de près de 100 personnes
    Les exposés très pertinents de Jacques Broda, sociologue, Louis Touflan, neuropsychiatre, Jean-Paul Duparc, économiste ont suscité un débat de haute tenue.
    La question a bien été cernée comme relevant non pas seulement du monde de l’entreprise mais bien d’un système capitaliste mondialisé et de la société tout entière. En France, elle est inhérente à la casse de la Nation et au démantèlement des services publics entrepris par le pouvoir UMP-MEDEF.
    Des intervenants ont pointé le doigt sur le lien à établir avec le recul de la bataille des idées et des mouvements démocratiques dans nos sociétés.
    On a relevé le témoignage poignant d’une syndicaliste à Orange (en dépression) qui explique que la souffrance au travail c’est un anéantissement car c’est aussi ne plus pouvoir se battre.
    On retiendra cet appel de syndicalistes à la Poste «face à la perte de perspectives et de repères, face à l’isolement, on a besoin de revenir aux valeurs de solidarité tant dans le public que dans le privé».

    Extraits

    Louis Touflan, neuropsychiatre
    « Après l’humiliation, le stress, les divers symptômes de la souffrance, on arrive à la déstructuration de la personne c.à.d. à la négation de son existence ; dans ce cas, la personne conclura au suicide (on veut la tuer, donc, elle va se tuer).
    Parmi les questions que cela soulève il y a celle de comment des personnes peuvent-elles en arriver à faire souffrir d’autres personnes à ce point.
    Qu’est-ce qui permet à un individu d’en faire souffrir un autre.
    Mais cela se complique car souvent l’individu est système ; c’est de cela qu’il s’agit : u système qui broie, qui pressure, qui efface les frontières entre travail et vie privée, qui, à cause de la peur du déclassement, du chômage… empêche la révolte ou la rupture. (…).
    Les mécanismes de la gestion de l’autre (le management) dans le capitalisme, c’est masquer la transformation de l’autre en objet.
    La parcellisation du travail entraîne la parcellisation de l’individu, son « découpage » ; on lui enlève la racine profonde à partir de laquelle il peut se structurer.
    Les solutions passent par l’appropriation (ou la réappropriation) du bien public et par des luttes qui ne peuvent être que collectives, y compris dans leur expression par la parole. Les utopies sont tombées, depuis, nous n’avons rien reconstruit.(…) »

    JP Duparc, économiste
    « La question ne peut se réduire à celle de « se libérer du travail », elle est celle de « libérer le travail ».

    Si le travail est ce qui permet à l’homme de produire ses conditions d’existence, il est aussi ce par quoi il est en relation avec autrui, il est facteur de reconnaissance sociale. On voit bien à l’inverse les ruptures du lien social engendrées par le chômage.
    On est donc à la fois face à la « souffrance au travail » et à « l’attachement au travail »
    Aujourd’hui, dans la course au profit et aux objectifs, le travail réel reste étouffé par le travail prescrit, hyper codifié. Un phénomène aggravé par « l’externalisation et sous-traitance ».
    Les pressions se font tant sur l’intensification que sur le temps de travail.
    Nous vivons en effet le temps d’un rallongement du temps de travail (le dimanche, le télétravail, allongement de l’âge de la retraite, les heures supplémentaires, ..).
    Nous vivons aussi une époque de démantèlement des conventions collectives et du Code du travail en même temps qu’une hyper individualisation des postes de travail et des processus de production.
    La souffrance au travail -et ses solutions- sont liées également à la question de la démocratie et des droits des salariés. La démocratie politique n’est pas brillante, mais la démocratie économique est, elle, quasi inexistante. D’ou la nécessité, entres autres pistes, de retrouver des formes de propriété collectives, et publiques (qui ne seront pas les « étatisations » d’hier) comme les pôles publics et des droits nouveaux d’intervention des salariés dans la gestion de l’entreprise.

    Jacques Broda, sociologue
    On parle de la souffrance au travail, sans ne jamais évoquer les rapports sociaux capitalistes, sans jamais désigner l’exploitation au travail : le travail est aliéné certes, mais il est aussi, surtout exploité.
    Le plus souvent la ‘souffrance au travail’, est posée, vécue, comme une question de management, de stress, de pression, d’évaluation, de relations sociales détestables qui font exploser les collectifs de travail, et les collectifs de lutte. La ‘souffrance’ poussée à l’extrême peut conduire au suicide, on le sait. Le sujet perd pied, il perd surtout le sens de son identité.
    Quand plus rien ne fait sens, quand le rapport à l’autre devient impossible, quand le sujet est épuisé, quand il n’est ni entendu, ni reconnu, quand il n’y a plus d’espoir, ni d’organisation de l’espoir c’est-à-dire d’utopie, alors le sujet peut décider de partir.
    Il rompt le lien vital, parce que tous les liens sont rompus.
    Il rompt l’alliance, et la promesse faite d’être un homme ou une femme de dignité. Il quitte le monde, il tombe hors du monde, parce que le monde est tombé hors de lui, bien avant.
    Le passage à l’acte est l’aboutissement d’un processus mortifère, où l’on est passé de force de travail, au travailleur nu, à l’homme nu.
    Non protégé, précarisé ou pressurisé, sans identité de classe, sans lutte de classes, sans conscience de classe, sans jugement de valeurs, sans le vouloir du vouloir, le sujet de la dépression devient sujet de la mélancolie, il ne dialogue plus qu’avec la mort, car tout autre dialogue lui est interdit ou impossible.
    (…) La lutte des classes en tant que forme organisée de la révolte et de la prise du pouvoir a chuté.
    Paradoxalement, la plainte et la souffrance sont plus confortables, elles mettent le Capital et le Travail dans un face à face mortifère. L’un est sourd, l’autre muet, ou plaintif, quand il se plaint trop on lui offre un gadget, un nouveau management, des médicaments, un match de foot, une prime, une promotion, ou on le vire.
    Alors, le travail, car c’est un vrai travail, contre la souffrance au travail, passe par l’irruption du sujet comme acteur et comme auteur.

  2. Après la conférence et son retour à Marseille, Jacques Broda a envoyé ce texte:
    la vraie parole ne peut être que collective,
    La vraie parole de lutte n’est pas entendue

    Je partirai de ces citations, produites dans le débat riche, vif et animé, le 27 Novembre à Grasse.
    Pourtant, c’est ce que nous avons commencé à faire, à élaborer une parole de lutte, cette parole chacun d’entre nous la tenait bien avant la réunion, chacun dans sa tête et/ou dans les collectifs auxquels il appartient : syndicat, association, parti.
    Il est tout à fait positif que le débat se clôture autour de propositions très fortes : pôle financier public, sécurité-emploi formation, bien commun, culture de la paix. Autrement cela voudrait dire que nous nous complaisons dans la souffrance, la plainte. Dire déjà qu’autre chose est possible, que produire autrement est possible, gérer autrement est possible, ouvre une fenêtre d’espoir, vitale.
    Cette fenêtre ne peut se refermer dans l’après-coup de notre rencontre, elle nous encourage à continuer, dans ‘courage’ il y a ‘rage’.
    Cette ‘rage du peuple’, ‘la rabia del pueblo’, est légitime, nécessaire, mais insuffisante, le détour de l’action et du politique sont cruciaux.
    Parler, dire, écrire, agir, marchent du même pas, et transforment.
    La vraie parole de lutte a été entendue, entre-nous certes, mais ce n’est qu’un début.
    La présence de jeunes étudiants nous oblige à continuer notre action, nos rencontres.
    A Marseille, un jeune, Fayçal, du haut de ses vingt ans, nous dit dans une réunion du Secours Populaire : « Aidez-nous à trouver de l’espoir ! »
    Cri adressé par un jeune de vingt ans à des adultes responsables. Les étudiants de Grasse sont plus discrets, très attentifs, et très demandeurs d’explications, de causes, et de solutions.
    Le monde s’ouvre à eux, ils ont besoin, on leur doit, un projet, une perspective.

    Une utopie

    L’utopie, c’est la construction collective d’un espoir et d’un désir rassemblés.
    Cette utopie, nous ne pourrons la construire qu’avec la jeunesse, pour la jeunesse, par la jeunesse.
    Sera-t-elle au rendez-vous ?
    Ce vendredi 27 à Grasse, elle est venue, elle a fait le premier pas. Beaucoup ont témoigné, d’autres ont parlé, tous ont entendu ‘la vraie parole de lutte’.
    Reste à transformer l’essai.

    Ne pas laisser tomber la pâte, faire de cette première discussion un ‘événement’, c’est-à-dire quelque chose qui interrompt le temps, suspend la plainte, bascule dans autre chose, l’espoir, le désir, l’amour. (…)
    La crise actuelle, frappe de plein fouet : le lien conjugal, le lien familial, et le lien social.

    Il n’y a pas de causalité mais des entrelacements, des correspondances, des liaisons souterraines. On ne résoudra pas tout du même coup, mais du même geste.

    La dignité, est la valeur, le concept central aux trois sphères ; dans tous les cas on est loin, très loin du compte ; mais déjà si chacun en prend conscience, et décide d’agir, au quotidien, à chaque instant, sans attendre le ‘grand soir’, on aura fait un grand pas.
    Jacques Broda

  3. Présentation du site CGT comprendre pour agir : santé-travail- culture

    La santé, la place de l’individu au sein des organisations du travail sont au centre des préoccupations d’un nombre croissant de salariés. Le CHSCT est un outil pour les salariés comme pour le syndicat, c’est pourquoi nous avons regroupé sur un site Internet les différents champs d’actions et de compétences. L’intervention syndicale est indispensable pour regagner le respect, la dignité, l’égalité, la reconnaissance de la personne au travail. Notre réflexion porte également sur l’élaboration de stratégies d’actions face aux violences du travail et au harcèlement moral, entamée avec les chercheurs dans le cadre de l’ISERES (ancien Institut Syndical d’Études Recherches Économiques et Sociales de la CGT). Elle se poursuit, depuis, sous d’autres formes, notamment dans le cadre des travaux de l’activité « Travail » de la Confédération et de la mise en œuvre du Projet confédéral « Pour une politique de Santé publique par l’intervention des salariés sur leur travail ! » adopté le 17 mars 2005 par la Direction Confédérale. Des initiatives de Recherches/Actions sont également menées dans le cadre de l’IRES (Institut de Recherche Économique et Sociale) avec le laboratoire CERTOP (Centre d’Étude et de Recherche sur le Travail, l’Organisation et le Pouvoir) du CNRS, dirigé par Gilbert De TERSSAC, ainsi, par ailleurs, que du laboratoire de Psycho dynamique du travail du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) dirigé par Christophe DEJOURS.

    – Les liens étroits de la CGT, son histoire avec les milieux culturels sont un héritage précieux. C’est pourquoi nous pensons que la créativité de chacun et chacune doit être valorisée à travers nos pratiques syndicales, comme par exemple :la CGT à UZESTE Musical.Visage,village des arts à l’œuvre.

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