Retraites: dissolution de l’Assemblée Nationale!

Voici le texte publié le 8 novembre dans l’Humanité signé de dirigeants et élus  communistes des Bouches du Rhône: Pierre Dharréville, Michel Vaxès, député, Isabelle Pasquet, sénatrice, Jean-Marc Coppola, membre du comité exécutif national du PCF en charge de la réforme des collectivités locales et vice-président de la Région PACA, Christine Mendelsohn, membre du comité exécutif national du PCF, en charge du Parti de la Gauche européenne et Florian Salazar-Martin, président de l’ADECR 13.

« La loi portant de graves entailles dans le droit à la retraite vient d’être votée par les parlementaires de la majorité. Cet acte pose la question de la représentativité du Parlement, et en particulier de l’Assemblée nationale.
Il faudrait rappeler que, depuis le début, le parcours de ce projet de loi a été émaillé de dénis de démocratie. Il faudrait rappeler que le gouvernement et la majorité ont troqué une onéreuse « pédagogie » pour un passage en force brutal. Il faudrait rappeler que les deux tiers de l’opinion se déclarent opposés à cette réforme. Il faudrait rappeler, évidemment, la puissance, la ténacité et la profondeur du mouvement populaire initié par les forces syndicales unies de notre pays. Il faudrait rappeler, terrible aveu, qu’après avoir expliqué que cette loi allait tout régler, on a introduit une nouvelle échéance visant à pousser plus loin encore la destruction du système des retraites. Il faudrait rappeler enfin l’épisode ubuesque qui nous a été servi par la paire Woerth-Bettencourt durant toute cette période, comme un symbole dépouillé de la collusion de classe entre le gouvernement et les puissances d’argent.
Utilisant la violente crise qui frappe le monde plutôt que de la combattre, le pouvoir en place n’a eu de cesse de chercher à mater son peuple pour l’asservir au bénéfice des marchés financiers, et la représentation nationale a ratifié sa démarche.

Jamais l’Assemblée nationale, représentation du peuple élue au suffrage universel direct, avertie du rejet massif de cette loi, n’aurait dû voter contre le peuple. Un tel décalage et un tel déni de démocratie ne sauraient passer sans conséquences. Et cela d’autant plus que cet événement gravissime survient après le précédent du 8 février 2008 (ratification parlementaire du traité de Lisbonne après le rejet par référendum du traité constitutionnel européen) et au bout d’une série de remises en cause des principes fondamentaux de notre République, qui a trouvé un paroxysme cet été avec la chasse aux Roms, assortie d’insultes contre les instances internationales, marquant ainsi l’irruption d’un racisme d’État. On ajoutera à cela pour faire bon poids le projet de réforme des collectivités territoriales qui vise à faire la contre-révolution dans les institutions qui fondent l’exercice de la démocratie dans notre République.

Cette majorité n’est pas légitime pour poursuivre les réformes engagées, pour voter le budget de la Sécurité sociale ou celui de la nation. Nous sommes donc au cœur d’une crise politique et institutionnelle majeure, marquée par un exercice du pouvoir solitaire et autoritaire par le président de la République. Il faut donc que le peuple puisse reprendre la main, qu’il dise s’il veut poursuivre dans cette voie ou s’il veut en changer. Un appel à la dissolution ne saurait être disjoint d’un retentissant appel préalable au retrait de la loi et à sa non-promulgation. Nous ne saurions en effet reconnaître une loi qui est illégitime de fait. Et avec le mouvement qui continue de se déployer, nous ne raterons pas une occasion de lancer cet appel au retrait, et de proposer nos solutions alternatives. Mais en posant aussi cette question politique, nous ouvrons le débat sur l’alternative et l’autre choix de société que demandent de nombreux acteurs et de nombreuses actrices du mouvement. Nous avons entendu au sein des manifestations les doutes qui existent sur la possibilité d’une réponse politique aux questions posées. Nous voulons ouvrir une véritable alternative, un véritable changement, un autre choix de société et une autre répartition des richesses. Nous voulons que ce qui existe aujourd’hui dans les têtes se retrouve demain dans les urnes et dans les politiques mises en œuvre. Nous ne nous résignons pas à ce décalage persistant entre le peuple et sa représentation. La dissolution n’est pas une arme fatale dont nous voudrions faire une revendication du mouvement social. Il s’agit simplement de tirer le plus logiquement du monde les leçons de la période en replaçant le débat démocratique là où il doit trouver son cœur : au Parlement, et non à l’Élysée. Cela engage celles et ceux qui veulent que ça change à un investissement majeur dans un processus populaire de construction d’un projet, de consolidation de majorités d’idées, de création d’une dynamique populaire inédite. Il faut donner au peuple toute sa place dans l’exercice politique du pouvoir et engager concrètement la construction d’une VIe République. C’est la démarche engagée par le Front de gauche, elle doit gagner en envergure. Nous ne saurions être mis dans le même sac que celles et ceux qui pratiquent la politique dans le mépris du peuple. Et il ne peut suffire d’un remaniement ministériel cosmétique qui ne viserait qu’à poursuivre ce qui a été engagé. Si notre démarche n’est pas de pétitionner pour la dissolution, nous voulons contribuer à ouvrir le débat sur le projet, à gauche, sur la perspective politique. Nous sommes persuadés qu’il est indispensable que le débat politique se développe et permette de construire un mouvement populaire puissant à l’unisson du mouvement social pour faire vivre une alternative politique durable. Pour paraphraser Bertolt Brecht, quand le peuple n’est pas d’accord, ce n’est pas le peuple qu’il faut changer, ce sont les choix politiques. C’est la politique ! »

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