Procès des responsables de la mort d’Hakim AJIMI à Grasse : police et justice de classe !

Il n’y a pas, en effet, à se faire d’illusion sur l’issue du procès de l’affaire Hakim AJIMI, ce jeune homme de 22 ans mort asphyxié à Grasse lors de son interpellation musclée par la police en mai 2008.
Alors que les faits sont accablants pour les 7 policiers « prévenus », des sursis ont été prononcés contre certains d’entre eux, conformément à la demande du procureur lors de son réquisitoire. Inacceptable mais pas une surprise. Soyons réalistes : la bourgeoisie financière qui a la haute main sur la direction du pays et qui spolie le peuple et l’écrase aujourd’hui ne peut que soutenir bec et ongle ses policiers qui ont pour mission de lui assurer protection et continuité dans l’exercice du pouvoir et la conduite des affaires juteuses en excluant, terrorisant voire éliminant les composantes fragilisées de la société, c’est à dire les sans argent, les sans carnet d’adresses, les sans protection, bref tous les « SANS » (le « faciès » peut-être un facteur aggravant mais pas suffisant).

D’ailleurs, on peut lire dans les textes récents diffusés par le sociologue Laurent Mucchielli que la poursuite en justice des cols blancs pour délinquance, criminalité et autres faits majeurs notamment financiers sont en régression continue alors que de façon concomitante la poursuite des « SANS » pour délits mineurs s’amplifie rapidement et fortement comme en témoigne l’explosion du nombre de pauvres hères mis en prison depuis une dizaine d’années.

Les policiers sont des individus recrutés parmi les couches populaires de la société. Aux ordres pour survivre ou mieux vivre, ils répriment sans ménagement les « SANS » en révolte jusqu’à, occasionnellement, entraîner la mort des plus insoumis d’entre eux. Lorsque des bavures trop évidentes en résultent et que les réactions de rue se font insistantes, ceux qui les ont commises sont jugés par l’institution judiciaire, elle-même bon gré mal gré au service des dominants.
Verdicts ? Des non-lieux souvent, des sursis parfois ; exceptionnellement de la prison ferme pour un ou deux d’entre eux sacrifiés pour calmer les surchauffes populaires. Bref, on fait se battre et s’éliminer les pauvres entre eux !!!. Et rien ne changera significativement (la mort récente de Wissam à Clermont-Ferrand et les peines fictives requises lors du procès des responsables de la mort d’Hakim en sont des témoignages supplémentaires) si on ne renverse pas les oligarchies qui accaparent le pouvoir et les institutions à leurs seuls profits et si les « SANS » qui forment la masse de la population, ne parviennent pas à conquérir ce pouvoir et à se doter d’une constitution populaire en béton. Ce n’est pas pour demain, certes, mais les conditions pour une telle réalisation deviennent de plus en plus crédibles dans une Europe dont tous les peuples, sans exception, sont aujourd’hui vampirisés.

Notre combat central doit être celui-là. Doivent s’y agréger toutes les luttes, y compris celles pour la mémoire et l’honneur d’Hakim et de tous ceux qui ont vécu une tragédie analogue, contre l’humiliation et la souffrance de leurs familles et de leurs ami(e)s et pour la protection de celles et ceux qui, demain, pourraient être les prochaines victimes de ce système politique et social inique.

Les journées de mobilisation qui se sont succédé à Grasse, et toutes celles qui sans aucun doute suivront, doivent s’inscrire dans cette logique qui seule peut conduire au succès des valeurs universelles que nous partageons.

Paul Monmaur
Source: Différences – Revue du MRAP

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