Grèce: entre la « Gauche de l’intégration » et celle du renversement, le Parti Communiste (KKE) a fait son choix

Video du KKE – Rassemblement du 2 mai 2012 Athènes

Depuis le début de la crise en Grèce, le KKE (Parti Communiste de Grèce) s’exprime contre les politiques menées. Le 2 mai, devant la tribune sur laquelle s’exprime Aleka Papariga, la Secrétaire Générale du KKE, plusieurs responsables du parti sont présents. Nikos Boyopoulos, journaliste au quotidien Rizospastis, l’organe central du KKE, en fait partie.Pour ce membre du Comité Central, il n’est pas possible d’envisager une alliance « à gauche » alors que depuis deux ans, toutes les mesures passent, que la Gauche, dans sa diversité, est en mesure de remporter les élections législatives du 6 mai. Il a accordé au site l’Humanité.fr un entretien.

Comment la situation a-t-elle évolué en Grèce au cours de ces deux dernières années ?
Elle a changé et s’est empirée.
Il y a deux ans, les retraites étaient d’un montant entre 400 et 500 euros. Après le 2ème mémorandum, voté en février, elles sont comprises entre 150 et 300 euros. Au regard de la conjoncture actuelle – 1,5 millions de chômeurs, la moitié des emplois créés précaires – le peuple n’aura en réalité jamais de retraite.

Dans ce contexte, comment expliquer que la gauche ne parvienne pas à s’unir ?
La Gauche est en fait d’abord un cercle géographique.
L’expérience du 20ème siècle est si prégnante qu’il faudrait repolitiser et redonner un sens idéologique au terme gauche.
Je rappelle ce qu’avait dit Agnelli : quand les choses se compliquent à ce point, le travail est mieux fait par la Gauche que par la Droite. Mais quand on parle de Gauche, on n’entend pas forcément la même chose.
Toujours, dans le mouvement populaire, il y a eu cette Gauche qui voulait, selon ses dires, améliorer le capitalisme, le rendre plus humain. C’est la « Gauche de l’intégration », la Gauche qui fait des compromis, c’est la version Gauche de l’Etat bourgeois dominant.
Mais il y a aussi cette Gauche qui est celle de la rupture, la Gauche de la lutte des classes comme disait Marx. La Gauche du renversement de l’économie capitaliste.
Par conséquent, il y a la Gauche qui défend que la situation de l’être humain peut s’améliorer tout en étant dans l’enfer et celle qui voudrait abolir cet enfer pour la simple raison qu’il n’y a pas de place agréable pour les travailleurs en enfer.
Les travailleurs français le savent très bien, lorsqu’ils ont été gouvernés par le prétendant de Gauche Jospin, ou les travailleurs italiens gouvernés par d’Alema, les Allemands par Schröder, comme tous les peuples d’Europe qui paient depuis 20 ans l’œuvre construite par celui qui prétendait être de Gauche, Delors.

Depuis plus 2 ans que l’austérité est appliquée en Grèce, quelle loi le KKE, par sa position, a-t-il empêché de passer ?
Le fait que le Pasok utilise encore aujourd’hui le terme de Gauche est une preuve forte de ce que Marx disait, les partis politiques doivent s’autodéterminer selon des principes de classe.
Par conséquent, il y a une tentative en Grèce de faire la distinction entre les pro et les anti-mémorandum.
C’est une ligne de démarcation fictive, qui rend flou le véritable problème de la société grecque. Par exemple, la troïka est composée de trois parties : le FMI, la BCE et la Commission. 2/3 de ses membres représentent donc l’UE.
Ceux qui se placent eux-mêmes dans les forces de Gauche, comme Syriza ou la « Gauche démocratique » ont pour choix stratégique l’UE.
Je demande donc dans quelle mesure on peut être fiable contre le mémorandum quand on défend une stratégie politique, à travers le temps, qui est celle des 2/3 de la troïka.
Ce que l’on demande au KKE, c’est de mettre de l’eau dans son vin, en d’autres termes, de cesser d’être le KKE.
Leur réponse à la situation actuelle en Grèce, leur réponse aux problèmes, c’est qu’il faut d’abord refuser de payer la dette. Mais pas parce que le peuple grec n’a pas envie de la payer mais parce que la dette a été payée à plusieurs reprises par le peuple grec et ne le concerne pas.
Les partis dits à Gauche répondent donc à cette question de la dette qu’elle doit être payée après 2, 3 ou 4 ans.
Il s’agit d’une différence entre eux et nous qui ne peut être comblée.
On les invite à prendre conscience de la situation et à défendre notre position. Tout ce qui est mis en œuvre via le mémorandum correspond aux mesures indiquées dans le traité de Maastricht et le Traité de l’UE. Voilà 30 ans que la Grèce et le peuple grec ont adhéré à l’UE.
Et que s’est-il passé ? Le chômage touche maintenant 1,5 millions de personnes, les soupes populaires se multiplient, la pauvreté augmente, la Grèce compte 3,5 millions d’exclus.
C’est ça, la Grèce de l’UE !

Entretien réalisé par Fabien Perrier

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