« Ce qui est nécessaire, ce n’est pas l’approfondissement de l’intégration capitaliste européenne, mais la rupture avec ses politiques »

Après le deuxième tour de l’élection présidentielle en France et les élections législatives en Grèce le 6 mai, Pedro Guerreiro, ancien député européen et membre du Comité Central du Parti Communiste Portugais donne son analyse.

Bien que partant de situations différentes, les répercussions des résultats des récentes élections réalisées en Grèce et en France – par ce qu’elles expriment de rejet justifié des politiques de l’Union européenne, et de non-acceptation de leur fatalité, par ce qu’elles représentent de légitime volonté de changement, par ce qu’elles soulignent des contradictions de ce processus d’intégration capitaliste – sont des révélateurs de l’évolution prochaine de la situation dans l’Union européenne.
Au contraire de ce que certains cherchent systématiquement à escamoter, en pointant uniquement du doigt Merkel et Sarkozy, les résultats de ces élections traduisent, dans le fond, le rejet des politiques contraires aux intérêts des travailleurs et à la souveraineté des peuples, de politiques impulsées par l’Union européenne et par ceux qui en sont co-responsables, la social-démocratie et la droite.
Se faisant les défenseurs des intérêts du grand capital financier, la social-démocratie et la droite mènent l’intégration capitaliste européenne, c’est-à-dire qu’ils définissent et appliquent ses politiques, ses traités, son Marché unique, son euro, sa stratégie de Lisbonne, aujourd’hui renommée « 2020 », parmi une multiplicité d’exemples.

La social-démocratie qui se gargarise de l’importance du sens de la victoire de Hollande contre Sarkozy, est la même qui exige de la Grèce qu’elle applique ses « mémorandums »- d’authentiques mécanismes d’extorsion, d’intensification de l’exploitation et de domination économique – imposés par l’Union Européenne et appliqués avec enthousiasme par la social-démocratie, alliée à la droite dans le gouvernement grec.

Malgré tout, l’aiguisement de la crise structurelle du capitalisme, et par conséquent, de l’intégration capitaliste européenne, réveille des divergences qui ont été mises en évidence lors des récentes élections en France.
Divergence entre la social-démocratie et la droite quant à la perspective d’une longue période de récession économique et ses conséquences pour la préservation du processus d’intégration européenne.
Divergence entre les intérêts et l’agenda immédiat du grand capital français et celui allemand, apparemment, voyant une « France » plus intéressée que l’ « Allemagne » dans l’accélération de la création de mécanismes et de répartition des coûts et des risques associés à l’euro (avec ce que cela signifieraient en termes de déclin social et économique, de perte de souveraineté nationale pour les pays comme le Portugal et de renforcement du directoire franco-allemand).

Il n’y aura pas grand-chose à espérer sur le contenu effectif de la condition annoncée par Hollande à la ratification du traité budgétaire.

Jusqu’alors, Hollande n’a remis en cause aucun des aspects inacceptables contenus dans ce traité en cours de ratification, soulignant juste la nécessité de « l’améliorer » (tout comme le PS Portugais l’a déjà ratifié).
Or, contrairement à ce que la social-démocratie prétend, ce qu’il faut ce n’est pas une impossible « réforme » – par l’insertion d’un « protocole additionnel » – d’un traité budgétaire qui s’attaque aux souverainetés nationales et condamne le Portugal à être sous la tutelle permanente de l’Union européenne.
Ce qui s’impose, c’est son rejet.
Ce qu’il faut, ce n’est pas remplacer une « austérité excessive » par une « austérité intelligente » qui continue à intensifier l’exploitation, à démanteler la Sécurité sociale et les services publics.
Ce qui s’impose, c’est la rupture avec le pacte d’agression.
Autrement dit, ce qui est nécessaire ce n’est pas le renforcement et l’approfondissement de l’intégration capitaliste européenne– et de ses aspects inséparables néo-libéral, militariste et fédéraliste – mais l’affrontement et la rupture avec ses politiques, pour une Europe de coopération, de progrès et de paix.

 
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