Henri Alleg: communiste et anticolonialiste exemplaire est mort

Henri Alleg Alfred Stritch-1

Henri Alleg (à droite) avec son ami et camarade de toujours, Alfred Strich, en 1992 à Grasse.
 

Avec la mort d’Henri Alleg , c’est une grande figure communiste, internationaliste et anticolonialiste, qui disparaît.
Henri Alleg fera connaître son nom en réussissant à faire publier en France, aux Editions de Minuit, en pleine guerre d’Algérie, un témoignage  terrible sur les tortures que lui avait infligées l’armée française : « la Question » qui fut immédiatement publié en de nombreuses langues et eut un retentissement dans le monde entier.
Jusqu’au bout, Henri Alleg qui a été reçu à plusieurs reprises, à Grasse et dans notre département, est resté attaché au combat pour le socialisme et le communisme.
Son dernier ouvrage: « Mémoire algérienne, souvenirs de luttes et d’espérances » est un livre précieux par sa densité. Il est à découvrir.

On lira, la déclaration de Pierre Laurent, Secrétaire National du PCF, ainsi que l’extrait d’une interview accordée à « l’Humanité » par Henri Alleg.

Pierre Laurent:

« Henri Alleg, honneur de notre Nation »

« Henri Alleg vient de s’éteindre. C’est pour les communistes, mais aussi pour les peuples français et algérien, cause d’un immense chagrin.

Résistant à toutes les formes de domination et d’oppression, Henri Alleg a été du combat fondamental du XXe siècle pour l’émancipation du genre humain que fut la lutte anti-coloniale.

Arrivé en 1939 à Alger, c’est à 20 ans – en 1941 – qu’il choisit de rejoindre le Parti Communiste Algérien, alors illégal. Henri assuma d’importantes responsabilités à la Jeunesse Communiste, puis au parti avant de devenir directeur d’ « Alger républicain ».

Le nom d’Henri Alleg demeurera irrémédiablement synonyme de vérité, de courage, de justice. Engagé pour la paix, l’indépendance et la démocratie en Algérie, Henri a été torturé et emprisonné, transféré à Rennes dont il s’était évadé en 1961.

En révélant au grand jour les atrocités commises par l’armée française en Algérie, l’auteur de « La Question » permit à la société française de regarder en face la vérité du pouvoir colonial qu’elle exerçait en Algérie. L’ouvrage, traduit en 28 langues, sera, à juste titre, considéré comme le « J’accuse » de notre temps.
Sa conception du métier de journaliste – nourrie de son idéal – a fait honneur à notre Nation.

La place exceptionnelle d’Henri dans le combat anti-colonial et la lutte de libération nationale algérienne provient de sa faculté à défendre le droit imprescriptible des peuples à disposer d’eux-mêmes, sa faculté à partager son combat pour l’égalité entre les peuples et entre les individus.

Quelques années après son installation en France, il rejoint le PCF en 1972 et la rédaction du quotidien L’Humanité.   C’est, pour les communistes français, un honneur.

À cette heure, nous voulons associer à sa mémoire, celle de son épouse, Gilberte Serfaty, disparue en 2011, et avec laquelle il partageait tout ; Gilberte était elle-même une intellectuelle de grande envergure, une historienne émérite, qui rendit justice aux époux Rosenberg, et une militante extraordinaire.

Toutes nos pensées vont aux enfants d’Henri et Gilberte, à leur famille, à tous leurs proches. L’œuvre d’Henri est ineffaçable. Nous garderons de lui, plus que tout, le souvenir de sa gentillesse, de sa douceur, de sa générosité ».

Henri Alleg:

« Tout homme se grandit en résistant »

Extraits de l’interview accordée à « l’Humanité » le 28 octobre 2004

(…) Pour revenir à « La Question », la révélation de « l’excès » n’a-t-elle pas fait prendre conscience, dans une certaine mesure, du caractère de la guerre, voire de la – colonisation ?

Henri Alleg. Quand l’existence de telles pratiques s’est confirmée, de divers côtés, jusqu’à un général de parachutistes, le général de Bollardière, l’émotion a été profonde. Alors, on s’est évertué à dire que des Français, après avoir connu le nazisme, ne pouvaient pas faire ça, et que ces pratiques devaient être le fait de types de la Légion étrangère, d’anciens SS. Puis, devant l’évidence, on a tenté une autre parade : nos soldats se battaient contre des rebelles, des bandits. Quant au chef du Gouvernement, le socialiste Guy Mollet, sa déclaration est restée dans l’Histoire : « C’était impensable, affirmait-il, et s’il existait un ou deux cas ce serait inadmissible».
Au même moment, il signifiait à Robert Lacoste, son ministre résidant à Alger, qu’il avait carte blanche pour en finir avec ce qu’ils appelaient la rébellion. La prise de conscience de la guerre s’est développée peu à peu et, dans les couches populaires, il faut le dire, sans esprit partisan, essentiellement grâce aux militants du Parti communiste.
Des chiffres ont été cités : en 1955-1956, il y avait un Français sur cinq qui acceptait l’idée dépendance ; en 1962, c’étaient les quatre cinquièmes.
Qui étaient les premiers ? Des chrétiens, des anticolonialistes, des milieux de gauche écœurés par le Parti Socialiste, mais pour beaucoup c’étaient des gens éclairés depuis leur jeunesse par le Parti Communiste. Il y a ce mot de Maurice Thorez « il faut lutter contre l’esprit colonialiste », y compris, disait-il, dans les rangs de la classe ouvrière française.

Question qu’on ne peut pas ne pas te poser : la torture, cette façon de vouloir briser une résistance, est hélas universelle. Y a-t-il eu un moment où tu as réalisé qu’elle concernait aussi des pays auxquels tu étais attaché, c’est-à-dire les pays socialistes ?

Henri Alleg. Cette question ne s’est pas posée, pour moi, pendant la guerre d’Algérie. Les révélations sur Staline nous sont passées un peu au-dessus de la tête. Nous étions, si j’ose dire, dans le cambouis de la guerre.
Et si on leur parlait de Budapest, des Algériens répondaient » Suez ».
C’est également, ne l’oublions pas, l’année de la folle expédition contre l’Égypte de Nasser qui avait nationalisé le canal. À ma sortie de prison, en 1962, quand je me suis rendu dans les pays socialistes, les gens que j’ai pu interroger, passés par des camps, ne se sont jamais plaint devant moi de tortures telles que je les avais subies. Ils avaient enduré des choses atroces, mais personne ne parlait de tortures.

Il y a un livre célèbre, l’Aveu, d’Artur London. Il ne parlait pas de « gégène » mais d’une autre forme de torture…

Henri Alleg. C’est la marque d’un grave abandon des principes communistes, avec cette idée que, puisque l’ennemi usait de tous les moyens, il fallait ne pas être naïfs et ne pas lésiner sur les méthodes pour lui répliquer.
Je sais, pour l’avoir expérimenté, que la guerre de classes peut être cruelle, très cruelle.
Dans cette guerre, on peut être amené à prendre des mesures extrêmes, sur lesquelles on s’interroge ensuite, comme c’est arrivé pendant la Révolution française de 1789, la Commune de Paris en 1871, la Révolution russe de 1917.
L’idée communiste, l’idée des révolutionnaires, ce n’est évidemment pas cela. Les exécutions, les liquidations, pour des communistes, sont inadmissibles. Ce qui ne veut pas dire qu’en toutes circonstances il faut se contenter de grandes déclarations. Quand la démocratie est violée, quand on a en face de soi des ennemis qui tirent à la mitraillette, je pense aux Palestiniens, il faut bien se défendre. Mais l’idée pour laquelle on se bat, une humanité enfin humaine, on ne doit jamais la perdre de vue. (…)

Parmi les livres d’Henri Alleg:

  • La Question, Lausanne, Ed de Minuit (Paris) La Cité (Lausanne), 1958, Alger, Éd Rahma, 1992.
  • Mémoire algérienne : Souvenirs de luttes et d’espérances, Ed Stock, 2005
  • Prisonniers de guerre
  • Victorieuse Cuba. Ed de Minuit
  • La Guerre d’Algérie (en collaboration avec P. Haudiquet, J. de Bonis, H. J. Douzon, J. Freire, G. Alleg), 3 volumes
  • Étoile rouge et Croissant vert
  • SOS America 
  • La Grande Aventure d’Alger républicain (en collaboration avec A. Benzine et B. Khalfa)
  • L’URSS et les Juifs
  • Requiem pour l’Oncle Sam. Tous aux Messidor-Temps Actuels.
  • La Grande Aventure d’Alger républicain (rééd Delga)
  • Le Siècle du Dragon,
  • Le Grand Bond en arrière.  Éd le Temps des Cerises
  • Les Chemins de l’espérance.  FNDIRP
  • Retour sur La Question. Éd Aden et le Temps des Cerises
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s