Grèce: La majorité des élèves vont en classe la faim au ventre

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La majorité des élèves grecs vont en classe la faim au ventre. C’est la conséquence tragique des politiques imposées par l’Union Européenne, la « Troïka » et le grand capital.

Au cœur de l’Union Européenne, en Grèce, le fléau de la faim émerge de nouveau comme un phénomène de masse, touchant les plus jeunes.
L’étude publiée par « Prolepsis »  (l’Institut de Médecine Préventive, et de Santé Environnementale et au Travail) a été menée dans 152 écoles, auprès de 16 000 élèves de toute la Grèce. Elle a de quoi donner le vertige. Elle révèle l’ampleur de la politique inhumaine menée en Grèce par la « Troïka » (Commission Européenne, Banque Centrale Européenne, FMI).

Selon « Prolepsis « , aujourd’hui seulement  36 % des élèves du primaire et du secondaire en Grèce vont à l’école sans être confrontés à la menace de la faim.
Dans le même temps, 37% des élèves sont en situation d’ « insécurité alimentaire » , sous la menace de la faim sans la subir directement, tandis que 27%, plus d’un élève sur quatre connaît la faim à l’école, qu’elle soit modérée ou sérieuse.

En tout, cela fait donc près de deux élèves sur trois (64%) qui vont à l’école la faim au ventre.

Les reportages édifiants ne manquent pas sur la situation dans les quartiers populaires d’Athènes ou Thessalonique, des enfants affamés incapables de participer aux cours d’EPS, des enseignants donnant à leurs enfants un casse-croûte pour tenir la journée.

Comme le notent les auteurs de l’étude, la Grèce tombe dans des chiffres comparables à ceux de pays d’Afrique sub-saharienne, réussissant la performance de se situer en-dessous du Zimbabwe, du Mozambique et du Malawi où une courte majorité d’élèves ne souffrent pas de la faim.

Cette réalité ne peut que soulever notre indignation. Elle est surtout éclairante politiquement sur la nature de l’attaque barbare subie par les travailleurs, sur la responsabilité du choix de l’intégration européenne dans l’offensive menée par la classe dominante grecque et européenne.

Ce désastre humanitaire est la conséquence directe de la « politique d’austérité » menée séparément ou conjointement depuis 2008 par le PASOK social démocrate et la Droite (« Néa Démocratia »): baisse des salaires de 20, 30, 40 %, des coupes par milliards dans l’Education et la Santéretrait de l’État de ses fonctions sociales.
Se soigner ou manger, c’est désormais l’alternative pour les familles grecques.

Ce désastre alimentaire est aussi la conséquence de la politique d’intégration européenne, avant tout de la « Politique agricole commune » (PAC).
Contrairement au discours ambiant répandu par la « grande » presse, les aides de la PAC, largement canalisées par les gros agriculteurs et les réseaux politiques clientélistes, ont servi à financer la restructuration de l’agriculture grecque. Ce qui a conduit à la ruine des petites exploitations.

La Grèce  s’est s’éloignée de la souveraineté alimentaire. Elle est désormais un importateur net, y compris dans ses produits traditionnels : produits laitiers, viande, fruits et légumes …( dont les olives !) alors qu’avant l’entrée du pays dans l’€,  elle était exportatrice de produits agricoles.

Enfin, l’Etat s’accomode de l’action des associations humanitaires, charités religieuses ou fondations privées, qui occupent l’espace vacant laissé par les pouvoirs publics.
Ainsi, la « Fondation Stavros Niarchos  » a financé à hauteur de 10 millions d’€ un plan d’aide alimentaire touchant 50 000 étudiants, dans 300 écoles des quartiers défavorisés pour leur offrir – en collaboration avec Prolepsis – des repas équilibrés chaque midi.

Si l’initiative devient une nécessité impérieuse pour des dizaines de milliers d’étudiants, elle reste scandaleuse. Car elle permet à l’État de se défausser de ses responsabilités sociales, sous prétexte de faillite budgétaire, de laisser aux acteurs privés un espace pour acquérir une influence sociale.
Le scandale est  d’autant plus manifeste quand on sait que la « Fondation Stavros Niarchos » a été fondée par un richissime armateur grec, qui a construit sa fortune sur les largesses accordées par l’Etat grec et par des régimes qui furent teintés d’autoritarisme voire dictatoriaux, de corruption et de régression sociale.

Au-delà de l’indignation, cette situation doit nous pousser à manifester notre solidarité avec les travailleurs et le peuple grec et à agir ici en France contre les politiques de casse sociale, de privatisation de l’Education, d’appauvrissement  des ménages populaires, contre la politique de l’Union Européenne au service d’une minorité de profiteurs.

Le 6 novembre, le PAME (groupement syndical interprofessionnel où se retrouvent les membres du Parti Communiste de Grèce, KKE) appelle à une grève générale « contre de nouvelles mesures contre les travailleurs, pour renverser la barbarie ».

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