4 septembre – Elections au Maroc: Nabila Mounib et la dynamique citoyenne

Nabila Mounib

Environ quinze millions de Marocains dont 55% d’hommes et 45% de femmes, sont appelés aux urnes ce vendredi 4 septembre, pour élire 31 503 conseillers et 678 représentants de régions. Ces élections communales sont les premières en date depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en 2011.

Repris de Médiapart
Casablanca (Maroc), correspondance.- 

Elle est la seule femme à avoir été élue à la tête d’un parti politique au Maroc. Mardi 25 août, la secrétaire générale du Parti Socialiste Unifié (PSU) Nabila Mounib a lancé sa campagne aux élections communales et régionales du 4 septembre depuis le siège du parti à Casablanca.
C’est ici qu’a eu lieu l’une des répressions les plus féroces contre le Mouvement des Jeunes du 20-Février.
Le 13 mars 2011, quatre jours après le discours royal annonçant des réformes démocratiques, les forces de l’ordre tentaient de pénétrer à l’intérieur du siège du parti, où s’étaient réfugiés les manifestants, violemment dispersés.

Le PSU faisait alors partie des partis politiques qui avaient soutenu les manifestations, revendiquant une monarchie parlementaire où le roi régnerait mais ne gouvernerait pas.

Cette page de la contestation, Nabila Mounib semble l’avoir tournée. Aujourd’hui tête de liste de la Fédération de la Gauche Démocratique à Sidi Belyout, elle tient un discours bien rodé, énergique, toujours contestataire, mais juste ce qu’il faut.

Habituellement peu présente dans les médias publics, qui la sollicitent rarement, cette syndicaliste et professeur d’endocrinologie de 55 ans, connue pour son franc-parler, a suscité cette fois un véritable engouement médiatique.

Et malgré son faible poids électoral, la Fédération de la Gauche Démocratique, qui réunit trois partis de la gauche dite radicale – le Parti socialiste unifié (PSU), le Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste (PADS) et le Congrès National Ittihadi (CNI) –, a déjà donné un coup de fouet à cette campagne électorale qui passionne peu les Marocains, généralement peu intéressés par les scrutins électoraux. Cette fois, alors que le débat autour de la participation aux élections continue au sein de la gauche contestataire, N. Mounib défend bec et ongles cette bataille électorale. Car, selon elle, après le temps de la protestation dans la rue marocaine, est venu le temps de la participation. Entretien.

Nabila Mounib, le 25 août. ( AICPress)
Nabila Mounib, le 25 août. ( AICPress)

Vous êtes la première femme à avoir été élue à la tête d’un parti au Maroc. Et le parti que vous dirigez est dans l’opposition. Avez-vous le sentiment que c’est un atout ou un handicap d’être une femme ? 

Nabila Mounib. Être la première femme élue à la tête d’un parti, c’est une grosse responsabilité mais c’est aussi une réalisation. Nous sommes au Maroc. Les femmes ont réussi dans beaucoup de domaines mais le nombre n’y est pas. Il fallait une réussite politique. Voir une femme à la tête d’un parti dans un pays conservateur, c’est important. Mais ce n’est pas tout à fait exceptionnel dans la mesure où les femmes ont toujours milité.

Dans mon parti, il y avait des femmes avant-gardistes, à l’Union de l’action féminine (UAF), notamment. Elles avaient pu rassembler un million de signatures au début des années 1990 pour la révision de la Moudawana (code de la famille), ce qui à l’époque était incroyable. Elles étaient de tous les combats pour que la culture de l’égalité progresse dans notre pays, pour qu’il y ait des acquis, des droits et également l’accès des femmes aux centres de décision. Mon élection, c’est le résultat d’un travail mené sur plusieurs décennies… Moi, je n’ai pas de problème. Mais assez souvent, je suis confrontée à des problèmes marginaux qui ne devraient même pas exister.

Cette fois, les trois partis présentent exceptionnellement une liste commune avec un même symbole et des candidats uniques sous l’étiquette Fédération de la gauche démocratique. Comment vous a-t-on laissé faire ça ?

La fédération, c’est nous qui l’avons constituée pour rentrer dans cette campagne avec des candidats uniques. On a dû jouer avec la loi. La loi sur les partis politiques nous empêche de présenter des listes panachées… On s’est présentés en tant que coalition de trois composantes. D’ailleurs, nous avons eu des problèmes pour le financement. Ils nous embêtent, ils adorent nous embêter ! Il y a une phobie face à l’émergence de toute force ou tout mouvement qui pourrait changer la donne. Donc chaque fois qu’il y en a une qui apparaît, comme ça a été le cas avec le Mouvement 20-Février, tout est fait pour l’affaiblir et la pousser à disparaître.

Pensez-vous que ce Mouvement du 20-Février a disparu ?

Pas du tout ! Le Mouvement 20-Février a marqué le départ d’une nouvelle étape au Maroc. Le mur de la peur est tombé et les jeunes se sont réconciliés avec la chose politique. Pour nous, c’est un très grand pas vers le renforcement de la lutte politique.

Vous aviez décidé en 2011 de boycotter le scrutin législatif. Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer cette fois-ci ? N’aurait-il pas été plus judicieux de vous lancer à ce moment-là, lorsque le Mouvement du 20-Février était avec vous et que vous étiez plus forts ?

Il y a quatre ans, on était plus forts… c’est votre avis. On était dans la rue et la pression se faisait dans la rue. La rue a pu réaliser une chose importante : elle a poussé les gens qui gouvernent à ouvrir, malgré eux, un débat sur la constitution. C’est une brèche. Mais aujourd’hui, le Maroc fait du surplace, malgré les grands chantiers qui ont été lancés. Il y a toujours autant de disparités sociales, et surtout, il n’y a pas de démocratie. Il y a une concentration du pouvoir et une récession culturelle terrible. On nous dit : « Voyez ce qui s’est passé dans les pays en révolte ! » Mais dans les pays en révolution, personne n’a laissé ces révolutions aller jusqu’au bout. Il y a eu des contre-révolutions et l’intervention de l’impérialisme et d’autres forces qui ont défendu leurs intérêts géostratégiques.
Mais quelque chose s’est passé dans tous ces pays et au Maroc.
Il y a une nouvelle gauche qui émerge et des révolutions citoyennes. Ce monde est en ébullition et nous voulons en faire partie pour essayer de trouver la brèche pour permettre l’instauration de la démocratie, sortir de ce chaos.

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