La Sécurité Sociale a 70 ans : « qui l’a créée ? »

Ambroise Croizat-photo blog
Ambroise Croizat, Ministre communiste, à son bureau

« Qui a créé la Sécu ? » à cette question la plupart de nos concitoyens proposeront deux réponses. La première : « C’est De Gaulle ! ». Rien de plus faux ! Au contraire, sans être un fossoyeur de la Sécurité Sociale, De Gaulle lui portera cependant un coup décisif en mettant un terme à la démocratie sociale qui permettait aux intéressés de gérer eux-mêmes ces caisses; il y substituera le « paritarisme », illusion d’égalité dans la gestion, donnant 50% de voix au patronat uni et revanchard et 50% de voix aux syndicats, divisés et pour certains complaisants avec le patronat, pour ne pas dire plus… Donc, non, De Gaulle n’a pas créé la Sécurité Sociale.

« Mais qui alors ? – C’est Pierre Laroque ! » Pas vraiment… Pierre Laroque est le premier directeur de la Sécurité Sociale. Il jouera bien évidemment un rôle important dans le déploiement de la Sécurité Sociale comme « technicien », mais n’est absolument ni à l’origine, ni l’acteur principal. Sa notoriété tient surtout à la volonté d’effacer le véritable créateur.

« Mais qui est l’homme providentiel qui a créé la Sécu, alors ? » Un homme ! Non pas « UN » homme… mais UN PEUPLE ! Et un peuple massivement composé de femmes qui plus est !
Mais l’histoire a besoin de noms, de personnes décisives, et l’histoire de la Sécurité Sociale en compte deux, que la droite, les médias serviles, et la fausse gauche anti-communiste ont contribué à effacer de l’histoire officielle, des manuels scolaires, et même, pendant un temps, des dictionnaires des noms propres! La situation décrite dans le roman « 1984 » d’ORWEL n’est pas loin.
Ces deux personnes ont pourtant été des ministres de la République à la Libération, mais leur tort est d’avoir été des ministres communistes. Leurs noms sont François BILLOUX, ministre de la santé, et Ambroise CROIZAT, ministre du Travail, qui, si un seul nom doit être donné, est au cœur de cette création collective.

Ambroise CROIZAT ministre du Travail ? Pas seulement ! « La France a eu beaucoup de ministres du « Travail », mais un seul ministre des TRAVAILLEURS » dira Marcel PAUL, cet autre ministre communiste majeur de la Libération.

Ambroise CROIZAT est le fils d’un manœuvre et d’une ouvrière. Il nait le 28 janvier 1901 à Notre Dame de Briançon (Savoie). Son père préfigurera le combat d’une vie, car il sera licencié pour avoir mené une lutte victorieuse (« drapeau rouge en tête » dira le rapport de police) par la grève qui conduira à la création d’une caisse de secours collective pour les ouvriers de la Tarentaise.
Le jeune Ambroise CROIZAT devient ajusteur. Il se syndique dès ses 13 ans à la CGT, et, déjà politisé, il rejoindra le parti communiste à sa création. Très vite il deviendra un infatigable militant ambulant, et un organisateur de la classe ouvrière conquérante, en parcourant toute la France d’usine en usine, de grève en grève, de commissariat en commissariat. Il luttera pied à pied et sur le terrain, contre les mouvements d’extrême droite qui montent partout en Europe, jusqu’à se faire parfois prendre en embuscade et rouer de coups par ces derniers.

Ce travail de terrain aboutira en 1936. L’ouvrier syndicaliste CROIZAT est devenu député, et il sera un acteur majeur du déclenchement des grandes grèves qui vont contraindre le gouvernement du Front Populaire (qui ne l’avait pas prévu dans son programme !) à adopter les 40 heures, les augmentations de salaire et surtout les congés payés. Toutes ces avancées sur lesquelles reviendra le « radical socialiste » DALADIER dans ce que les ouvriers appelleront les « décrets misère » de 1938, préparant le terrain à Vichy.

En 1939, alors que la France n’est pas encore envahie, les dirigeants communistes dont A. CROIZAT sont emprisonnés sous prétexte du pacte germano-soviétique. A.CROIZAT sera libéré en février 1943 du bagne d’Algérie où il était prisonnier, et reprend immédiatement du service avec la CGT clandestine en travaillant autour du programme du CNR qui s’intitulera « Les jours heureux ». Ce programme prévoit « la mise en place d’un plan complet de Sécurité Sociale ». Et c’est à F.Billoux et  A.Croizat que l’on doit l’ordonnance d’octobre 1945 qui fonde la « Sécu » sur le papier.
Cependant au-delà du texte tout reste à faire. Comme le rappelle l’historien Michel Etievent « 138 caisses seront édifiées en moins de huit mois par un peuple anonyme de travailleurs pendant leurs congés ou après leurs heures de travail »avec l’appui d’A. CROIZAT qui les poussera par ces mots « la Sécurité Sociale vous appartient. Elle réclame vos mains ! »

Les quatre grands principes de cette institution son l’Unicité, la Solidarité, l’Universalité, et la Démocratie.
Aujourd’hui les « réformateurs » (PS, UMP-LR, MODEM, UDI, FN, et pour les syndicats le MEDEF, la CFE-CGC la CFTC et la CFDT) travaillent à saper l’ensemble de ces quatre piliers sous couvert de soi-disant la « sauver », touchés qu’ils sont par le syndrome du « pompier-pyromane ». C’est pourquoi il est important que nous diffusions cette histoire, et que nous fassions notre cette phrase que CROIZAT prononça à quelques semaines de sa mort en 1951, à seulement 50 ans : « Jamais nous ne tolérerons qu’un seul des avantages de la Sécurité Sociale soit mis en péril. Nous défendrons à en perdre la vie et avec la plus grande énergie cette loi humaine et de progrès ! »

 

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