Turquie: Erdogan et l’AKP remportent de justesse un référendum faussé

Approuvé par 51,3 % seulement des votes exprimés lors du référendum du 16 avril 2017, le projet de réforme constitutionnelle d’Erdogan ouvre la voie à une  dictature en Turquie, pays clé en Méditerranée.

Pourtant , cette soi-disant victoire remporté de justesse  est  une défaite politique cinglante pour Erdogan. En effet, les électeurs des plus  grandes villes (Istanbul, Ankara, Izmir, Diyarbakir, Adana) ont sans ambiguïté voté NON.

Les observateurs internationaux déployés par les organisations démocratiques sur tout le territoire témoignent d’un scrutin émaillé de nombreuses irrégularités, y compris à l’étranger, et de violents incidents dans des dizaines de bureaux de vote faisant notamment 3 morts à Diyarbakir (grande ville kurde de l’Est du pays).

Le HDP et le CHP contestent ces résultats et demandent un nouveau décompte qui pourrait porter sur une différence de 3 à 4 %.

Le président turc aux velléités de dictateur à vie avait pourtant cherché à réunir toutes les conditions pour que le référendum tourne en plébiscite personnel.

Depuis l’échec de la tentative de coup d’Etat du 16 juillet 2016 et l’instauration de l’état d’urgence, 130 000 fonctionnaires ont été radiés, plus de 40 000 personnes arrêtées et emprisonnées, parmi lesquelles 150 journalistes, des dizaines d’universitaires et d’élus, maires et députés du Parti démocratique des peuples (HDP) – dont ses deux co-présidents, Selahattin Demirtaš et Figen Yüksekdağ – qui, aux élections de juin 2015, avait privé Erdogan et son parti l’AKP d’une majorité au Parlement.
5 000 cadres et militants du HDP sont sous les verrous et, jusqu’à la veille du scrutin, près de 200 scrutateurs et assesseurs ont été arrêtés dans tout le pays.

La campagne publique du NON a été quasiment interdite.
Les menaces et chantages au vote, le clientélisme, et l’omniprésence médiatique d’Erdogan ont saturé l’atmosphère.

Dans l’Anatolie du Sud-Est, la guerre d’Erdogan contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) relancée à l’été 2015, détruisant des villes entières et faisant des centaines de victimes, a placé le vote sous la pression d’une présence pesante des forces armées et de sécurité.

Le Parti Communiste Français a salué « le courage des militants du HDP et de toutes les forces démocratiques et progressistes qui ont mené campagne pour la paix et la démocratie en appelant à voter NON à ce référendum et en exigeant un scrutin transparent.
Le PCF leur réaffirme sa pleine solidarité et son soutien.

Malgré un résultat contestable qui doit tout aux fraudes, à la peur et à la haine, nombreux sont les femmes et les hommes de Turquie qui restent profondément attachés à une république laïque et à un régime démocratique ».

Pour sa part, le  Parti Communiste de Turquie (TKP) a rendu public le communiqué suivant à la suite des résultats du référendum:

« Les résultats du référendum, obtenus par l’intimidation, la fraude et le vol, n’ont aucune légitimité. Ceux qui essaient de faire la fête après ces résultats insultent le peuple.

Nous appelons notre peuple, qui ne se soumettra pas, à s’unir, à s’organiser et à n’accepter aucun fait accompli.
Un pouvoir politique ne tient pas sa légitimité uniquement de quelques voix obtenues au dernier moment. Des résultats électoraux ne suffisent pas pour qu’un gouvernement puisse faire tout ce qu’il veut.

Le régime de l’AKP a montré, dès le premier jour, son caractère réactionnaire et anti-populaire. Cela fait déjà longtemps qu’il ne dispose plus de légitimation dans la société. Plus encore, les résultats du référendum du 16 avril ne sont rien d’autre que la confirmation de cette absence de légitimité.

Du point de vue de l’approbation ou du rejet des modifications constitutionnelles, la consultation du 16 avril est déjà dépassée.
A ce stade, il n’est plus possible pour la société d’accepter la victoire proclamée du « oui ». Laissant chaque parti défendre sa position, le TKP déclare d’ores et déjà qu’il rejette un tel résultat.

Ce scrutin a été marqué par l’intimidation et la fraude.
La décision du Haut comité électoral de reconnaître la validité des bulletins et des enveloppes non tamponnées ne répond à aucun souci de légalité ou d’impartialité.

L’AKP est aux abois et recourt à la répression.
Le résultat traduit un recul significatif de son nombre de voix, et encore, elle n’a obtenu la moitié de ces voix que grâce à d’innombrables manipulations et fraudes. La prétention à gérer du parti au gouvernement est détruite : il a perdu la plupart des grandes villes et des centres-ville, où il avait été fort pendant des années.

Sa tentative, malgré tous ces faits, de « célébrer la victoire », ne signifie qu’une chose, en dehors de se moquer de notre peuple : nous apprécions ce genre d’audace comme un appel à la confrontation décisive.
Les travailleurs et les intellectuels de Turquie, tous les citoyens attachés aux valeurs de la République, ont accumulé l’énergie pour en finir avec le pouvoir réactionnaire.

Il n’y a pas de perspective pour l’AKP, qui veut gouverner ce pays suivant les intérêts des ennemis des travailleurs, les intérêts des forces capitalistes et des monopoles, de s’en tirer encore une fois en s’appuyant sur ces forces.

Le TKP appelle notre peuple à être vigilant, à n’accepter aucun fait accompli et, dans cet objectif, à s’organiser ! »

Parti Communiste de Turquie, Comité Central

(Repris de Solidarité Internationale-PCF)

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